Algérie 1956 : Pacifier. Tuer

LETTRES D'UN SOLDAT À SA FAMILLE

Collection : « Livres épuisés ou indisponibles »

Auteur-e : Jean Martin

Parution : Octobre 2001
Pages : 128
Format : 130 x 210
ISBN : 2-91316-552-4

0,00 €

Présentation

Deux millions de jeunes Français ont effectué leur service militaire en Algérie entre 1955 et 1962. Au plus fort de la guerre 400 000 militaires français quadrillent l'Algérie.
Au début de la guerre d'Algérie, un appelé du contingent raconte, benoitement, dans des lettres adressées à sa famille, les basses besognes de l'armée française. Ce livre donne à lire un document, apparemment banal, pendant des mois, les lettres que Jean Martin adresse à sa famille. Il n'a aucune distance critique de ce qu'il fait. Bien au contraire. Il est fier de servir, satisfait de savoir faire le boulot, un peu condescendant vis-à-vis des corps de troupes réputés moins aguerris, moins efficaces dans la réalisation des missions. Au fil de quatorze mois, ces lettres décrivent ce que Hannah Arendt a pu nommer la «banalité du mal».
Dans la même lettre on le voit demander des nouvelles d'une petite voisine, «qui a du bien grandir» depuis qu'il ne l'a vue; et quelques lignes après expliquer «Demain je suis de corvée de torture… que voulez-vous, même pas agréable, on le fait à chacun son tour». Un autre jour, il explique à la famille que pour la nourriture «ça va» et que «ce n'est vraiment plus la peine de lui envoyer des colis : maintenant “ils” se font assez respecter dans la région où il est cantonné, et les “bougnoules” se sentent bien forcés de leur donner tout ce qu'ils exigent: “Que voulez-vous, il faut bien leur faire comprendre qui est le maître !”»
Il raconte avec force détails une opération de représailles : un village s'était réjoui qu'une mine ait fait sauter un camion de l'armée française, tuant plusieurs soldats. «On leur a fait creuser des trous pour enterrer tous les morceaux de ferraille, et un trou plus grand. Puis on les a tous tués, des plus âgés au plus jeunes.» À peine sent-on parfois une sorte de lassitude, à la veille d'une permission qu'il attend depuis des semaines.
L'auteur de ces lettres sentait bien qu'elles laissaient ses parents perplexes ou tristes. Il les «rassure» à plusieurs reprises en reprenant, vraisemblablement, les arguments donnés par les officiers au sujet de la guerre, de son bien-fondé contre les terroristes, du rôle de la France, de tout ce qu'il faudra faire après la «pacification». Il s'agit-là d'un document, au ras de la vie quotidienne d'un soldat.
Jean Martin est un nom d'emprunt, choisi pour rendre ce témoignage anonyme. Par égard pour la famille, qui ne souhaite pas une publicité déplacée, nous avons choisi le nom propre le plus répandu en France et l'un des prénoms des plus diffusés.

N'importe quel soldat d'Algérie, mobilisé pour la guerre coloniale, aurait pu faire et écrire cela.

Commentaires

Préface de Claude Liauzu.

 


 

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