Émancipation de la psychiatrie

Des garde-fous à l’institution démocratique

Collection : « Avant-première »

Auteur-e : Jean-Pierre Martin

Parution : Janvier 2019
Pages : 200
Format :
ISBN : 978-2-84950-714-8

18,00 €

Présentation

Une inquiétante étrangeté demeure et interroge le commun sur les psychiatres et la psychiatrie.
Une histoire critique de la psychiatrie est assumée par ce livre, celle d’une libération de l’enfermement de la folie et de ses contraintes inhumaines, produits de la domination de la Raison d’État. Cette notion de santé mentale a été une volonté d’émancipation par la science. Elle est aujourd’hui une politique de régulation d’un marché public-privé sécuritaire, imposée hors de toute démarche démocratique. Sa gestion et son ma­na­gement néolibéral sont centrés sur les résultats comptables et des mesures sécuritaires généralisées d’enfermement.
Dans ce contexte les soignants sont à nouveau les garde-fous d’un nouvel « ordre protectionnel » médicalisé. Ils assureraient donc une fonction de contrôle de nouvelles « classes dangereuses ».
La rupture avec la réalité catastrophique de la psychiatrie publique est, pour l’auteur un espace d’utopie concrète. Il l’aborde à partir de sa pratique d’un secteur psychiatrique adulte parisien, avec un centre d’accueil et de crise et un aller vers les patients et les précaires - en souffrance psychique et sociale. Il prolonge sa réflexion d’ouvrages précédents Psychiatrie dans la Ville et La Rue des précaires (Eres, 2000 et 2011).
Culture déjà-là, une expérience humaine repose sur la prise de parole des patients. Ainsi peut exister une psychiatrie relationnelle au sein de pratiques institutionnelles ouvertes, en lien avec tous les tiers sociaux dont les familles et les élus politiques. Ce livre s’appuie sur l’apport des connaissances de la psychanalyse et des sciences sociales dans l’analyse institutionnelle, ­d’allers-retours entre Freud et Marx ; et voilà une invite à se centrer sur « ce qui se passe » dans un traitement qui combine traitement de l’aliénation mentale et de l’aliénation sociale.
Libérer la folie de ses contraintes médicalisées est donc une utopie concrète, une réappropriation du métier de soignant et de son éthique d’engagement humain, avec ses moyens de formation et matériels, dont les luttes s’ouvrent à l’approche du normal et du pathologique. Relève-t-elle d’un projet d’émancipation, d’un acte clinique qui est politique ?
Une première émancipation est de subvertir les politiques de santé mentale administrées, alors que celles-ci instrumentalisent l’essor de techniques modernes en support de « bonnes pratiques » d’évaluation comptable. Une seconde est de sortir d’une politique de gestion des risques, de précaution plus que de prévention collective. Le contrôle social est la négation de toute protection sociale et de services publics solidaires, mais aussi de réels droits humains collectifs des patients.
Ces deux entrées s’ouvrent à une émancipation qui sorte le patient de la naturalisation biologique et d’une supposée dangerosité dont toutes les études sérieuses montrent qu’elle est exceptionnelle. L’« inquiétante étrangeté » des souffrances psychotiques et des vécus traumatiques individuels et sociaux est la subjectivité de l’altérité en crise et non un pur réel comportemental individuel et social.

Son émancipation politique passe donc par l’abrogation de la loi sécuritaire du 5 juillet 2011 et des lois de santé qui régentent aujourd’hui la psychiatrie. Doit être réactualisé l’ensemble des acquis de pratiques alternatives à l’asile carcéral, les expériences de secteur psychiatrique des cinquante dernières années. Une politique de santé mentale passe par les pratiques de psychothérapie institutionnelle et la reconnaissance des droits humains des patients qui participent des luttes d’émancipation dans la société. Elle s’ouvre à une transition politique vers des institutions du commun, dans lesquelles s’explicite une réelle politique de santé mentale d’humanisation et de désaliénation du soin psychiatrique, et en conséquence appelle à un débat public pour une institution démocratique de psychiatrie.