
Michel Lequenne, trotskiste historique, est dans
l’impossibilité de séparer sa vie des livres qu’il a lus. Il nous livre avec
ces Mémoires le parcours initiatique dans le monde du savoir d’un homme engagé
corps et âme dans la transformation du monde. Sa bibliothèque, c’est sa vie.
Pour lui, posséder ces livres, c’était posséder le savoir, en même temps que,
pour l’enfant pauvre qu’il était, c’était tout simplement la forme suprême du «
posséder ». Ce n’est donc sans doute pas un hasard, écrit-il, qu’au soir de sa
vie, il ne possède rien d’autre que ses livres qui sont tous des moments de son
histoire.
L’auteur a succombé à la manie des catalogues à
la manière d’un Queneau et de son jeu de la Bibliothèque idéale. Adolescent,
il se voyait bibliothécaire ou écrivain, mais la vie (la guerre, l’engagement
trotskiste) a déferlé dans ses plans, les a bousculés et y a introduit un
désordre fertile. Le résultat, ce sont des Mémoires en forme de bibliothèque
dont les rayonnages mêlent pêle-mêle les enthousiasmes et les détestations
livresques aux sédiments de l’activité politique du militant et aux rencontres.
« Je me suis souvent dit qu’une bibliothèque devrait pouvoir se psychanalyser.
Cet ouvrage sera, à cette improbable fin, la contribution, à travers mon libre
récit, des souvenirs de ma vie dans le rapport de celle-ci à mes livres. »
Ce livre se compose comme les innombrables pièces en désordre
d’un puzzle, dans lequel le lecteur évoluera comme dans un jeu de piste, de Robert Desnos à Léon Trotsky, d’Edmond Rostand à
Maurice Nadeau, de Léonard de Vinci à Jacques Prévert, de Jean-Paul Sartre à
Thomas de Quincey…