Table des matières
Remerciements
Politiques et violences, les lésions dangereuses .
Chapitre I Vers une science dangereuse ? .
Au service des clients
La posture de l’expert
De l’impérialisme sociologique à l’impérialisme du contrat
Le franc-tireur
Un modèle de la relation expert-client
Les jeux de la sociophysique .
L’ère de la recherche contractuelle
Humanistes et rebelles .
Conserver ou dévoiler ? .
Une science dangereuse .
Chapitre II. Les instruments de la critique
Pitirim Sorokin dans le tombeau des hommes oubliés
De l’amnésie en sciences humaines
Argot pseudo-scientifique et logomachie
Illusion de l’opérationnalisme .
Testocratie et testomanie .
La quantophrénie .
Expérimentation, prévision et songeries à la Sorokin .
L’impasse .
Les marquages discrets de la (petite) bourgeoisie .
Comportementalisme et contrôle social
Le psychanalysme et la sociologie de la médecine mentale .
Les « facteurs de risque »
La « guerre aux pauvres » .
Chapitre III. Les experts de la violence
La résistible ascension de la violence
La fabrique du sentiment d’insécurité .
Les vitriers de l’insécurité .
La résistance des guillemets
Le marché des sociologues
Un fantôme conceptuel
Une psychopathologie des banlieues ?
Chapitre IV. Les experts de la violence scolaire
Sens commun, expertise et sociologie
des « violences à l’école » .
L’essor des recherches commanditées .
Des spécialistes de la sécurité
Un ensemble composite de recherches
La dispersion des sociologues .
Une psychocriminologie scolaire
Les « risques » de la santé publique
Comparaison n’est pas raison
Aux périphéries sociologiques des « violences à
l’école » .
Chapitre V. Sciences de l’éducation
et expertise sur les violences
Repères chronologiques .
Les débuts d’un pédagogue .
Du pédagogue au « sociologue » .
La « violence à l’école », cette oubliée de
l’Histoire
Errances de définition
Les chiffres de la violence .
Un questionnaire quantophrénique
Une climatologie scolaire
Le sécuritaire tiède
Reconduire l’expertise .
Chapitre VI. Un réseau d’experts pour l’Union européenne
Le grand écart des paradigmes
Des logiciels pour le comportement antisocial
Continuités et disparités des enquêtes par questionnaire
Du mauvais usage de la rupture épistémologique .
Où il n’est pas toujours question de
la sociologie de l’éducation britannique
Quelques variations bien connues sur le savant et le
politique .
Des experts étroitement « connectés »
Le « défi » des questionnaires .
Dans le jardin d’amitié comportementaliste
Les asociaux ne vont pas à l’église
Au(x) royaume(s) de la comtesse de Ségur .
Éducateurs visionnaires et managers de l’efficacité scolaire
Chapitre VII. Elargir le réseau d’experts
Un observatoire au service du Prince
Les paradoxes de l’expert
Dans le laboratoire comportementaliste, des souris blanches .
A l’école du développement positif .
L’humaniste et la technocrate .
Évaluateurs et formateurs
Chapitre VIII. Les « bonnes pratiques »
américaines
Made in
USA : la school effectiveness
et les troubles du comportement
Quand l’expert perd le Prince
Le bon grain et l’ivraie
Vers une étiologie de la violence .
De la division du travail entre experts .
Les colères de l’expert engagé
Moraliser le marché .
Comment ne pas définir la violence
Du pragmatisme anglo-saxon
La colère des experts et les experts de la colère
Où il est question d’antipédagogisme
Réseaux d’experts : une construction en abyme
Chapitre IX. Est-ce que les enseignants rêvent
de moutons resocialisés ?
Des dispositifs français
Les internats de resocialisation, une rêverie politique .
En Communauté française de Belgique
Une boîte noire psychosociale .
La sociologie de la resocialisation .
La grande désocialisation, une théorie clinique des
clochards
Deux modèles sociologiques de transformation de la
personnalité
Robert Castel et
les désaffiliés .
Est-ce que les enseignants rêvent de moutons
resocialisés ?
Conclusion : Ghosts in the machine.
Bibliographie

L’ouvrage consiste en une analyse critique du discours
expert sur les violences à l’école et des réseaux d’expertise qui se sont créés
sur cette thématique. Depuis les années 1990, un vaste champ de recherches a
été stimulé sur ce thème par des commandes publiques nationales et européennes,
dont plusieurs disciplines ont bénéficié (sociologie, sciences politiques,
criminologie, sciences de l’éducation, épidémiologie, etc.). Il s’agit donc de
mettre en évidence le danger que représente une littérature experte directement
inféodée à la demande politique et bureaucratique de « lutte »
contre la violence scolaire. Les chercheurs qui produisent ces expertises pour
différentes institutions nationales et internationales, comme l’Union
européenne, se caractérisent par un manque d’autonomie à l’égard des pouvoirs
politiques et des définitions bureaucratiques. Le « problème social »
de la violence tel qu’il est défini dans les champs politique et médiatique est
l’objet de cette production experte qui revendique son « utilité sociale »
auprès du « décideur » et l’apport des « bonnes pratiques », notamment américaines, dans
le domaine de la lutte contre la violence.
Volontiers neutraliste, cette production, qui stigmatise
toute démarche critique en sociologie comme étant « idéologique »
ou d’« ultragauche », pour reprendre les termes
employés, se caractérise par sa normativité quand il s’agit de désigner les « bons » et les « mauvais » comportements, et un certain
conservatisme dans le choix des bonnes « solutions » américaines à la violence.
Ces experts déclarent pouvoir « prédire »
l’apparition du comportement délinquant à venir chez des enfants âgés de
quelques années, pour l’enrayer à la racine grâce au « repérage »
des délinquants potentiels. Nous avons vu que le président Sarkozy manifeste un
grand intérêt pour ces travaux. Il y a donc urgence à analyser ces discours et
à les contrer.
Philippe Vienne est sociologue, chargé de recherches du
Fonds national de la recherche scientifique (Bruxelles), il effectue depuis dix
ans des recherches en sociologie de l’éducation. Il est l’auteur d’un premier
ouvrage (Comprendre les violences à l’école, de Boeck, 2003, 2e éd. 2008). Il a
également publié des articles sur les stigmatisations, la « culture de rue » et l’idéologie sécuritaire en
milieu scolaire.