La Chine et le spectre de l’Occident

Contestation poétique, modernité et métissage

Collection "Points cardinaux"

Auteur: Lee Gregory B.

Parution : avril 2002
Pages : 248 pages
Format : 165x230
ISBN : 2-913165-73-7


Table des matières

Préface

Note et Remerciements

1. L'Autre (le Blanc) et les Autres (les Hybrides)

  L'Autre privilégié et l'oubli de la Chine  -   Littérature de la grande Chine ?  -   Authenticité ou métissage ?  -   L'Orientalisme postmoderne

2. " Les barrières de l'habitude et de la routine " : poésie et idéologie sur la frontière sino-parisienne

  Idéologie et imaginaire chinois  -   Les pièges du patriotisme  -   Sagesse des intellectuelles  -   Péret et les prêtres du patriotisme

3. Modernisme chinois, colonialisme occidental

  L'invention de la poésie moderne chinoise  -   La tromperie du Président Wilson  -   Na(rra)tion réaliste, Shanghai moderniste  -   Modernisme d'après Mao  -   Arts plastiques et la politique de langue et de corps

4. Le mépris du contemporain

  Hauteurs sinologiques et mondialisation de la poésie  -   L'école victorienne et l'insuffisance du chinois moderne  -   La tour d'ivoire " marxisante "  -   L'œuvre critique de la poésie du samizdat à l'exil

5. L'exil et la réinvention du modernisme

  Critique de la modernité  -   Critique de l'aliénation  -   L'aliénation de l'exil

6. Idéologie nationaliste et culture musicale populaire :

  Le socio-sentimental et les rêves populaires

  Détournement des signes nationaux

  L'alternative occitane

  Le bruit que craint l'État

7. Peur de la noyade : nations pures, corps hybrides

  Le cauchemar américain : l'exclusion du chinois

  La triste condition de l'hybride anglo-chinois

  Les anges de la désolation et le roi des singes

  Fou-Mandchou et les mangeurs de chat

8. Espaces de poésie, instants de liberté

  La grande muraille cybernétique

  Chine-Amérique

  Temps de la poésie, non-temps de la vie quotidienne

  La mort réhabilitée

  La nécessaire destruction linguistique

  Poésie réalisée : les zones autonomes temporaires

  Utopies anciennes, utopies nouvelles

 


Présentation

C'est la Chine qui a constitué depuis plusieurs siècles pour l'Occident à la fois un spectacle et un spectre. Mais pour la Chine, c'est l'Occident qui l'a menacée, envahie, et contrainte à changer ses modes de vie : pendant plus d'un siècle la société et la culture chinoises ont dû faire face aux pratiques et aux mentalités de la modernité occidentale et le métissage socioculturel y a été imposé par le colonialisme des 19e et 20e siècle. Dans un même temps, en Occident, en choisissant d'oublier cette histoire colonialiste, on exige que la Chine reste " authentique " et " exotique ", qu'elle soit la source de philosophies apaisantes et passives pour assouvir nos âmes troublées dans cette ère post-moderne et " post-idéologique ". Le fait que cet ouvrage cible les pratiques lyriques n'est pas un choix aléatoire, car si c'est le roman qui a narré et négocié notre modernité, c'est bien la poésie, quand ses pratiquants ne se sont pas laissés séduire par les politiciens, qui l'a contesté. Les poètes que l'auteur discute et présente ici ont tous écrit au cours d'une ère hostile à la parole lyrique et à l'acte poétique. Alors que certains se sont fait prendre au piège d'idéologies " émancipatrices ", d'autres, par leurs poèmes et leurs actes, se sont inscrits dans une volonté de résister et même de transcender les forces et les conditions dominantes de la modernité. Cette volonté n'est pas limitée par des frontières territoriales ou esthétiques. Ainsi, dans cet ouvrage des contestataires lyriques célèbres tels que Benjamin Péret se trouvent côte à côte des poètes chinois " dissidents " tels que Duoduo et Bei Dao, et des penseurs d'avant-garde tels Guy Debord et Raoul Vaneigem côtoient les chanteurs décentralisants d'Occitanie, les troubadours de la vie quotidienne des Chinatowns, et les pionniers du rock and roll pékinois. Comme Marina Tsvetaïeva nous l'a rappelé, la poésie a souvent dû se substituer à l'histoire pendant le vingtième siècle, mais elle ne se contente pas d'enregistrer le monde, elle peut imaginer son avenir. Au-delà des positions des partisans de la souveraineté nationale qui nous re-proposent l'État comme panacée et au-delà du multiculturalisme mondialisant, il y a le monde rêvé par les penseurs poétiques représentés ici. C'est un monde perçu par Maurice Merleau-Ponty comme " multiplicité ouverte et indéfinie où les rapports sont d'implication réciproque " où l'impossible s'imagine et se construit sur le champ du possible.  

 

Commentaire

traduction de Eliane Utudjian Saint-André




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