Table des matières
Introduction : La romance de la compétence
Chapitre 1 : Les outils de la légitimation
1) De la philosophie à l’ingénierie
2) Changer la classification pour réécrire les rapports de travail
3) De la notation du fonctionnaire à l’appréciation du collaborateur
Chapitre 2 : À l’assaut des catégories professionnelles
1) Les agents d’accueil sous l’emprise de la glorification du commercial
2) Quand la logique compétence affronte le métier
3) La compétence contre la coopération
Chapitre 3 : L’unité par la discrimination
1) De la qualification à la compétence : du changement pour les femmes ?
2) Les travailleurs âgés : de l’expérience à la disqualification
3) Des zéros devenus des héros
Chapitre 4 : Le travail objet de toutes les croyances
1) La valeur du travail dans le monde de la valeur
2) Légendes et valeurs du travail
Conclusion : Se faire-avoir ou se faire-valoir

Cet ouvrage est le produit d’un groupe de recherche sociologique de l’Université de Paris-10 qui depuis quelques années s’interroge sur les questions de la représentation et de la valeur du travail. Que représentait la référence au concept de qualification pour construire les hiérarchies professionnelles et fixer le prix du travail ? Quelles justifications accompagnent sa dévaluation et son remplacement par la mise en valeur du concept de compétence et des outils qui le concrétisent ? Quel type d’ordre social ce concept contribue-t-il à structurer ? L’ouvrage est composé de quatre chapitres qui explorent différentes facettes du processus en cours. Il montre qu’en ce domaine comme dans beaucoup d’autres, l’enfer peut être pavé d’intentions tout à fait louables tout autant que d’une efficacité redoutable dès qu’il s’agit d’introduire à de nouvelles croyances. Il regarde comment les logiques de métiers sont mises à mal et comment les corps professionnels sont dépossédés de la maîtrise de certains savoirs que les managers cherchent à s’approprier pour étendre leur pouvoir hiérarchique. On y découvre comment l’exploitation de nouvelles catégories vient brouiller les représentations stabilisées sans susciter pour autant d’alternatives du côté des salariés face aux catégories productrices de concurrence. L’observation du sort fait aux femmes, aux anciens comme aux jeunes permet d’établir que l’affichage d’une unicité de traitement, à partir de méthodes objectivantes, ouvre en fait sur une écriture moderne des discriminations classiques liées à la mise en valeur du travail des individus suivant leur statut social, leur sexe ou leur âge. Face à ce débat stratégique, où les termes sont actuellement entre les mains des experts de toutes catégories, on peut penser que ce sont plutôt les conflits sociaux à venir qui révéleront les réactions à ces nouveaux principes de la société des individus.