
Alcatel, Illkirh, Alsace. Une usine qui « restructure ». Une de plus. Des salariés sont jetés à la rue ! Banal ! Pourtant, cette entreprise-là n’est pas « obsolète », « périmée » ou dépassée. Elle est même high-tech. Seulement voilà, il faut payer des salaires. Le PDG du groupe Alcatel rêve d’ailleurs parfois éveillé d’un monde fait d’usines sans travailleurs, sans salaires, sans grèves… Non seulement les citrons se laisseraien presser sans rien dire et leur peau jetée à la moindre occasion, mais il n’y aurait plus de citron. Leur jus, la plus-value, tomberait du ciel !
Remerciés, les travailleurs ne veulent pas se taire. Ils ont mal à la mémoire et un cœur gros comme ça. Ils racontent, ils parlent, ils témoignent. De leur savoir-faire, de leur compétence bradée, de leur vie de travailleur high-tech, de leur existence brisée, de leurs luttes collectives pour défendre leur emploi, de leur vie organisée autrour de cette grande entreprise.
Ce livre se refuse à n’être qu’une somme de témoignages. Ce n’est pas non plus un essai et pas plus une œuvre de fiction, car tous les propos qui y sont rapportés ont été effectivement prononcés et que lorsque l’auteur donne son avis il ne s’agit nullement d’un cadre fictif. Nous sommes ici dans la vie réelle, ce qui donne un livre qui ne cesse de serpenter entre objectivité et subjectivité.
L’auteur interroge, scrute et accouche la parole des hommes et des femmes d’Alcatel d’Illkirch, cette petite ville de la banlieue de Strasbourg.
Les souvenirs et les mémoires se libèrent et se retissent. Les chapitres égrainent les époques. Il y a bien sûr la « Fermeture » chapitre qui ouvre l’ouvrage mais qui clôt celui de l’usine. Mais il y a aussi « L’aventure Alcatel », le « Paradis Alcatel », le « Travail à Alcatel », sans oublier la « Famille Alcatel ». Enfin, il y a la fin de la « direction industrielle » et la bataille pour les droits et la dignité. Enfin, et pour conclure, il y a un questionnement, récurrent : « Et après ? » ; c’est-à-dire « et maintenant, que va-t-on faire ? ».
À l’évidence, le livre ne remise pas une certaine partialité. Ne faut-il pas d’ailleurs être d’une partialité extrême, pour prétendre qu’une parole ouvrière puisse encore se faire entendre ?