Table des matières
Editorial. State building au Sud : de la doctrine à la réalité, François Polet
Points de vue du Sud
Comment le state building affaiblit les États, David Chandler
La gouvernance supranationale : un défi pour la construction de la paix et d’États forts, David Sogge
Irak : de la gestion sécuritaire à la gestion politique, Hichem al-Karoui
Afghanistan : échecs du state building sous perfusion et coercition, Astri Suhrke
State building au Timor-Oriental : travail de sape de la légitimité de l’État ?, Rebecca E. Engel, Luiz F. Vieira
Entre autonomie et dépendance : dynamiques des « policy transfers » en Afrique subsaharienne, Mahaman Tidjani Alou
Défis et difficultés de la réforme de la sécurité en République démocratique du Congo Missak Kasongo, Dylan Hendrickson
Décoloniser la critique : comment les Mozambicains jugent-ils la « paix libérale » ?, Meera Sabaratnam
Deux lectures opposées de l’État « défaillant » en Amérique latine, Alejandro Bendaña
Leta Restavek ou la neutralisation de la démocratie en Haïti, Courtney Frantz

Du Sud-Soudan au Cambodge, d’Haïti à l’Afghanistan, en passant par le Liberia, le Rwanda, la Somalie, le Liban, l’Irak, la Palestine, la Libye, les experts en «state building» s’affairent auprès d’États «faillis», «en crise», récemment «libérés» ou «nouveaux nés».
C’est tout une science technocratique destinée à monter de toutes pièces des États «fonctionnels» que recouvre ce terme de «state building». Côté face, une intention humanitaire : aider des pays déchirés à se doter rapidement d’institutions capables de garantir la paix et le respect des droits de base de leur population. Côté pile, des enjeux économiques et géopolitiques mal cachés, mais aussi la montée en puissance d’une doctrine sécuritaire qui vire à l’obsession.
Les zones de «non-droit» étant perçues comme les foyers des grandes menaces du nouveau millénaire (terrorisme, pandémies, vagues d’immigration, criminalité, etc.), les doter d’institutions «souveraines» devient motif légitime d’ingérence aux yeux de la communauté internationale...
A l’ambivalence des desseins s’ajoutent les contradictions du terrain. La mise en place d’institutions «pour le bien de la population» est souvent la face civile d’une présence militaire vécue sur le mode de l’imposition par les premiers concernés. Et l’ingénierie institutionnelle mise en œuvre s’inspire davantage des «standards internationaux» que des dynamiques sociopolitiques locales, avec les effets pervers en cascade que cela suppose.