
Panorama des mobilisations sociales à l’oeuvre en Afrique
subsaharienne. Les organisations de la « société civile » se comptent
aujourd’hui par centaines dans la plupart des pays africains. Cette
prolifération s’est-elle traduite par l’émergence de contre-pouvoirs dignes de
ce nom ? En la matière quantité ne rime pas nécessairement avec qualité. La
majorité de ces organisations servent d’abord à capter des financements dans un
contexte de dégraissage des appareils administratifs et de déplacement des flux
de ressources extérieures vers les acteurs « non étatiques ». Or, face aux
bailleurs de fonds, la manifestation d’une expertise technique « axée sur les
résultats » est devenue un atout plus utile qu’une quelconque représentativité
sociale. Quant aux associations qui descendent dans la rue, beaucoup servent
surtout de caisse de résonance aux partis en lice, qui les mobilisent au gré de
leur stratégie électorale. Et pourtant… une minorité d’organisations –
paysannes, syndicales, des droits de l’homme – ne subordonnent pas la poursuite
de leur mission à l’indispensable recherche de financements extérieurs. La
pertinence et la constance de leurs prises de position leur confèrent une
indéniable légitimité au sein de la population, proportionnelle au discrédit
qui frappe les classes politiques. Dans plusieurs pays, ces organisations ont
permis de canaliser le mécontentement social et d’installer un rapport de force
avec les gouvernants. L’efficacité des méthodes clientélistes et des mécanismes
de cooptation rend cependant leurs conquêtes fragiles une fois la mobilisation
retombée…